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L’Opposition malgache joue bien son rôle

Sans l’opposition déclarée, Madagascar aurait l’image d’une République bananière. Sans l’opposition actuelle, le pays marcherait comme un robot déambulant dont le cerveau reste commandé par un quelconque donneur d’ordre qui jouit d’un malin plaisir personnel. Sans l’opposition, la Grande Ile connaîtrait moins de liberté, moins de discernement. Heureusement, fort heureusement, une opposition joue bien son rôle, et elle existe.

L’effort est perceptible. Cette opposition, incarnée par une plate-forme réunie autour de l’ancien Président Marc Ravalomanana, le RMDM, essaie de s’affirmer en ne laissant aucun répit aux tenants du régime à chaque occasion.

Le fait d’équilibrer les débats à chaque déclaration de ces derniers constitue une approche louable. Cette approche permet aux citoyens de séparer le bon grain de l’ivraie, de faire la part des choses, et de ne pas avaler tout ce qu’on ressasse dans les médias pro-gouvernementaux. La tactique permet également aux partenaires techniques et financiers d’entendre d’autres sons de cloche et d’équilibrer leur rapport adressé aux instances internationales.

Dans les pays étrangers dits développés, et démocratiques, personne ne s’offusque plus de cette dualité, c’est devenu un mode opératoire de l’exercice de la liberté d’expression. Elle s’exerce, toutefois, tant bien que mal à Madagascar.

A chaque critique, l’auteur risque d’être taxé de «Tsy tia tanindrazana», littéralement «qui n’aime pas sa patrie» mais considéré substantiellement comme quelqu’un «qui trahit son pays, qui rejette toute idée de développement». Pire, à chaque positionnement de l’opposition, on ressasse son passé au lieu de se pencher sur le sujet du jour. Une politique d’autruche à tout va!

L’opposition joue bien son rôle, avec les moyens du bord. La constitution, ayant prévu même l’assise d’un chef de l’opposition à l’Assemblée nationale, reste inappliquée pour des raisons soi-disant juridiques. Rocambolesques. Alors même que les rédacteurs de cette constitution-là se trouvent au pouvoir actuellement.

Faute de mieux, l’opposition occupe le terrain en dehors du Parlement, tout en misant sur la présence timide de ses élus au sein des deux chambres. Bien que cette situation prive le chef de file de siéger au sein de la Chambre basse, enlevant ainsi ce caractère «officiel», lui ôtant ainsi les obligations et droits dévolus par la Loi fondamentale, l’opposition s’efforce de bien jouer son rôle: être présent, présenter un contrepoids, argumenter avec fougue. Presque énervant pour les gouvernants.

Ailleurs, l’opposition est consultée à chaque fois qu’une crise prend place. Pour l’intérêt supérieur de la Nation. Ici, on a l’impression que le Président de la République agit seul et prend les décisions, seul. Cette impression résulte du fait que tous les émissaires du gouvernement, porte-parole, ministres, hauts responsables, et autres, ne cessent de préciser, à chaque déclaration, de signifier le rôle prépondérant du Chef de l’Etat. Et ce dernier semble d’ailleurs assumer.

Le meilleur que l’on puisse espérer, pour la bonne marche de la démocratie à Madagascar, est de voir le chef de l’opposition siéger à Tsimbazaza, comme la Constitution le prévoit, pouvoir s’exprimer à la télévision et à la radio nationales d’une manière bien réglementée, cadrée par une loi, et conditionnées par les règles déontologiques du journalisme. Ceci reste un rêve, pour le moment. Car, à en croire les publications dans les réseaux sociaux, voir Marc Ravalomanana disposant d’une tribune officielle provoque une peur bleue chez les partisans de l’orange.

 

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